Le fonds Lucien Bailly

Lucien Bailly, photographe briochin

Photographe de l'aristocratie et de la modernité urbaine, Lucien Bailly (1881-1975) est avant tout reconnu pour ses qualités de portraitiste. C'est à Lamballe qu'il se forme à la technique photographique dans le studio de son père Auguste, avant de rejoindre l'atelier briochin d'Eresby-Snow. Un passage en tant qu'apprenti à l'atelier Fréon (Neuilly-sur-Seine), lui permet de parfaire sa formation avant de rentrer en 1912 en Bretagne installer son studio au 49 rue de la gare à Saint-Brieuc.

Artisan-photographe, Lucien Bailly reçoit dans son studio l'aristocratie locale pour qui la photographie apparaît comme un moyen d'affirmation d'un statut social. La clientèle se presse pour immortaliser les grands moments de la vie : naissance, communion, apogée d'une carrière, mariage... Les mises en scène de ses client.e.s sont réalisées devant des fonds peints, rythmés par quelques accessoires les aidant à assumer des poses longues (chaise, prie-dieu, console...). Il en résulte un ensemble de portraits similaires mais différents, comme des variations sur un même thème.
Témoin des mutations industrielles, il s'adonne également à la photographie de reportage. La gare ferroviaire et ses cheminots, les Forges et Laminoirs et leurs ouvriers, ou encore les mines de plomb à Trémuson et leurs mineurs, sont autant de modèles et de décors venant dresser un portrait social et industriel de la ville et de ses environs.

Un fonds conservé au musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc

Le fonds Lucien Bailly comprend environ 10 000 pièces de natures variées, dont 7 000 négatifs photographiques (4500 sur plaques de verre au gélatino-bromure d'argent), des positifs sur plaques de verre, des épreuves papiers simples ou à la gomme bichromatée, c’est-à-dire des tirages de haute qualité, retravaillés et artistiques. Les cahiers de comptes et de commandes du photographe, ainsi que divers documents d’archive complètent ce fonds provenant d'une donation de sa fille en 1991.

La technique photographique

Les photographies de Lucien Bailly datent de la première moitié du 20e siècle et ont donc été réalisées avec des techniques et du matériel différents de ce que nous connaissons aujourd’hui. Le matériel photographique était à l’époque moins standardisé : il en résulte une variété de formats et de supports. Le musée conserve donc des pièces allant de 4,5 x 6 cm à 30 x 40 cm, avec des formats parfois atypiques ou se faisant concurrence comme 9 x 12 cm et 9 x 13 cm.
Il y a cent ans, les négatifs photographiques pouvaient se faire sur deux supports distincts : des plaques de verre avec une préparation au gélatino-bromure, ou bien des supports souples de nitrate de cellulose. Au musée de Saint-Brieuc, nous conservons des négatifs des deux sortes, mais les plaques de verre sont bien plus nombreuses que les négatifs souples.
Par le biais de la numérisation, les négatifs photographiques nous apparaissent ici fidèles à l’image qui devait en être tirée ensuite sur papier, mais sur les objets physiques conservés au musée, le noir et le blanc sont inversés. Le musée conserve certaines paires de négatifs et de tirages papiers des mêmes photographies, mais ce n’est pas systématique !
Carambole et Confinement propose en outre une colorisation des photographies par une intelligence artificielle ; mais bien que la grande majorité du fonds Bailly soit des négatifs en noir et blanc, les techniques de l’époque permettaient déjà des photographies en couleur. Le fonds Bailly comprend ainsi des autochromes sur plaques de verre et sur supports souples, aux couleurs vives et tranchées.

Un travail sur les archives au présent

Depuis 2016, nous travaillons en collaboration avec la Société des ami.e.s du musée de Saint-Brieuc sur le fonds photographique Lucien Bailly. La majeure partie des 8000 à 9000 plaques de verre a été nettoyée, numérisée et inventoriée lors d’ateliers avec les adhérent.e.s de l’association, qui ont à cette occasion été formé.e.s à la conservation préventive selon les normes muséales. Mener ce chantier des collections avec l’aide du public permet de faire vivre le patrimoine différemment et d’en partager la responsabilité. Dans la continuité de cette démarche, le musée encourage les publics à créer leurs propres usages de ce patrimoine partagé, lors d’événements comme Muséomix ou en ligne ici même !